Anne Bentz : faire de la commande publique un levier au service de la santé-environnement
Anne Bentz directrice de 3AR
Le Réseau 3AR aide les acheteurs publics de la région à intégrer des considérations de santé environnementale dans leurs marchés publics. Un levier majeur pour modifier les pratiques d’achats. Acculturer les collectivités, les fournisseurs, traquer les polluants chimiques, synthétiser les aspects règlementaires, proposer des ressources, des méthodes, des outils pratiques : c’est le travail de l’équipe de 3AR, coordonnée par sa directrice, Anne Bentz, pour accompagner les collectivités dans cette transition.
C’est à la faveur d’une réglementation sur la qualité de l’air dans les Etablissements Recevant du Public que le réseau 3AR*Association Aquitaine des Achats Publics Responsables a commencé son travail en direction de la santé-environnement. « C’était en 2015, se souvient Anne Bentz, même si un décret avait assoupli le dispositif de surveillance. C’est à ce moment là que tout a commencé ». Trois polluants sont visés : le formaldéhyde (émis par certains matériaux de construction, colles… et irritant pour les voies respiratoires), le benzène (cancérigène et issu notamment de la combustion) et le dioxyde de carbone. « On est parti d’un sujet niche avec cette porte d’entrée QAI*Qualité de l’Air Intérieur. Puis on a élargi le sujet et structuré une stratégie pour réduire l’exposition des jeunes enfants aux polluants de l’environnement intérieur. »
Sous l’impulsion et le financement de l’ARS*Agence Régionale de Santé NA au travers de sa Stratégie Régionale Petite Enfance, Anne Bentz rencontre Anne Lafourcade, experte en santé-environnement. Elle contribue alors à la rédaction d’un nouvel outil : le guide RecoCrèches. Jouer, nettoyer, bâtir, rénover…. Pendant 10 ans, elles plancheront sur des outils, des clausiers, des normes, des référentiels, des certifications, animeront conjointement des formations, avec les collectivités, élus, techniciens, et rencontreront les entreprises. Les acteurs de la périnatalité disposent désormais d’un discours commun.

Pour une commande publique sans perturbateur endocrinien
Les deux Anne se complètent, l’une est chimiste, l’autre questionne le volet juridique : « Nous n’avons pas le même langage, je fais office d’interprète. Je traduis les recommandations d’Anne Lafourcade en clause de marché public. On travaille en transversalité. Nous procédons par famille d’achat, on définit le produit parfait dans sa technicité, ses labels, sa composition, son conditionnement. Puis on le traduit en outils opérationnels, comme les fiches « saniscore ». En parallèle, on confronte nos objectifs avec l’offre en proposant des objectifs réalistes. On échange avec les entreprises. Agir sur les achats, c’est aussi orienter une demande de l’offre. »
L’objectif est clair : limiter au maximum les expositions préoccupantes avec en ligne de mire les perturbateurs endocriniens et lancer une dynamique de réseau entre acteurs du territoire. Sur des enjeux similaires, le réseau vient de publier un guide pour intégrer la biodiversité dans les achats et explore la démarche One Health*« Une seule santé » est une approche intégrée de la santé qui met l’accent sur les interactions entre les animaux, les humains et leurs environnements. pour là encore la traduire dans la commande publique. Sans compter la nouvelle révolution dans la manière de concevoir les achats publics avec la loi Climat & Résilience, qui impose depuis le 22 août 2026 l’intégration de considérations environnementales et sociales dans le processus d’achat public.

Le Cheval de Troie du berceau
Aujourd’hui, le réseau 3AR*Association Aquitaine des Achats Publics Responsables, ce sont 110 adhérents, collectivités, hôpitaux, bailleurs sociaux qui pèsent 5 milliards d’euros d’achat annuel. « Lorsqu’une crèche achète des produits de nettoyage, le lot petite enfance s’étend parfois aux bureaux, aux autres bâtiments… La santé-environnement, c’est un cheval de Troie, la porte d’entrée qui permet d’élargir, de sensibiliser l’ensemble des services. En 2025, nous avons formé 18 adhérents qui représentent 122 crèches. Depuis 10 ans, nous avons touché l’ensemble des départements de Nouvelle-Aquitaine. »
Et pas que, c’est également un cheval de Troie dans l’univers des fournisseurs. « Je raconte souvent une anecdote très parlante. Une journée technique avec des membres de la CCI*Chambre de commerce et de l’Industrie avait été organisée en juin pour présenter nos travaux sur le segment du nettoyage. A l’automne, 4 distributeurs avaient une offre, certains avaient créé un lot « petite enfance » avec la liste minimale de produits préconisés dans le projet Recocrèches (moins de produits, composition simple, normes compatibles avec les exigences d’un EAJE*Etablissement d'Accueil du Jeune Enfant, labels de qualité). Les distributeurs avaient fait évoluer leurs marques favorablement. Le dialogue avec les entreprises est primordial » souligne Anne Bentz. « Désormais, ils nous invitent, nous questionnent. Des segments comme le nettoyage, ou l’hygiène sont montés en maturité sur les sujets de santé. »
Bruxelles
« Certains segments d’achats comme les jouets ou les matériels de puériculture continuent d’être des sujets délicats que nous explorons sans cesse. On croise nos recherches pour produire de la donnée et avancer, évoluer avec le cadre juridique. La liste des perturbateurs endocriniens s’enrichit malheureusement toutes les semaines… »
Les résultats de RecoCrèches sont désormais validés. « Une étude a été menée avec Vertigo Lab pour évaluer les gains socio-économiques et les impacts sur les ressources humaines associés au programme. L’étude montre que le programme RecoCrèches est économiquement efficace avec notamment une réduction de 42,8% des dépenses par enfant » se réjouit Anne Bentz.
Au sein du réseau national, le champ d’expérimentation de cette thématique santé-environnement est en avance. RecoCrèches s’est imposé comme un outil puissant pour dépolluer le quotidien des jeunes enfants dans les crèches. Dix ans plus tard, l’initiative change d’échelle : le programme se structure autour de l’association RecoCrèches et vise désormais la formation des professionnels des autres territoires.
« L’idée pour les années à venir, c’est d’appuyer la mise en compétences des autres réseaux régionaux. Nous avons été invités à Bruxelles pour témoigner sur le travail des couches autour de l’écolabel européen. » Une reconnaissance désormais internationale…
Vous souhaitez en savoir plus sur cette thématique ?
Consultez le site Agir-ese.org, des ressources pour agir en Éducation et promotion de la Santé-Environnement.
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