Fleurs et pesticides : l’ANSES lance une expertise
Plus de 85 % des fleurs coupées vendues en France sont importées
On les aime un peu, beaucoup, passionnément… on les offre pour la fête des mères, la Saint Valentin, pour le plaisir simple de voir la vie en rose… Mais derrière ces fleurs se dégage un parfum dangereux : celui des pesticides. La leucémie mortelle d’une enfant contaminée via l’exposition de sa mère fleuriste a mis en lumière les risques méconnus de cette profession. L’ANSES a lancé une étude, le projet FLOREXPO dont l’un des volets est porté par Isabelle Baldi, chercheuse au sein de Bordeaux Population Health (BPH) de l’Université de Bordeaux.
Ce que cache nos bouquets …
Plus de 85 % des fleurs coupées vendues en France sont importées pour arriver jusqu’à Aalsmeer aux Pays Bas, le centre névralgique du commerce mondial des fleurs. Elles arrivent de Colombie, d’Équateur…, mais aussi du Kenya où se cultive la fleur la plus demandée au monde, la rose.
L’envers du décor, c’est qu’il s’agit d’une production intensive qui utilise des pesticides interdits en Europe pour leur dangerosité sur la santé. « Les fleurs sont ainsi porteuses de résidus chimiques invisibles mais potentiellement nocifs, auxquels sont exposés les travailleurs.
» Cette exposition est aggravée par l’absence quasi -totale de régulations concernant les résidus de pesticides sur les fleurs, » rappelle l’ANSES*Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail dans la présentation du projet. Contrairement à l’agro-alimentaire, le commerce de fleurs ne bénéficie en effet pas de limite maximum concernant les résidus sur les fleurs importées.

L’exposition professionnelle aux pesticides
Cette étude, confiée à l’Anses, n’aurait sans doute jamais existé sans le témoignage d’une ancienne fleuriste dans les Pays de la Loire dont la fille Emmy est morte à 11 ans d’une leucémie, à cause notamment d’une exposition in utero aux pesticides. Un fait établi par le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP). Une première.
Il s’agit des lors de comprendre quels sont les risques auxquels sont soumis les professionnels, d’évaluer leur exposition aux pesticides et de faire évoluer la législation. Les fleuristes travaillent « six jours sur sept, une dizaine d’heures chaque jour ». Une exposition prolongée qui touche aussi les grossistes et “ceux qui travaillent dans les fermes florales”.
La France compte quelque 30.000 artisans et commerçants – fleuristes. Peu d’études scientifiques ont été publiées sur le sujet. En Belgique, des chercheurs ont analysé des échantillons de roses, gerberas et chrysanthèmes, les fleurs les plus vendues en Belgique, et suivi une trentaine de commerçants belges. Des centaines de résidus de pesticides ont été détectés sur les bouquets de fleurs et les mains des fleuristes suivis.
Un bilan bien supérieur aux niveaux considérés comme sûrs pour les travailleurs. Le projet FLOREXPO ambitionne de documenter, analyser et comprendre les expositions aux pesticides dans le secteur de la fleur en France.

FLOREXPO, une étude inédite
Baptisé FLOREXPO, le projet propose une approche interdisciplinaire associant sociologie, expologie et épidémiologie pour explorer les dimensions sociales, politiques et de santé publique de ces expositions. En documentant un angle mort des études sur les risques chimiques, FLOREXPO propose des cadres théoriques et des outils opérationnels pour mieux comprendre et prévenir ces expositions dans un secteur largement féminisé et sous-étudié en termes de santé au travail.
FLOREXPO se structure autour de trois axes : comprendre le contexte social et politique de la filière floricole, en questionnant la manière dont les acteurs de la filière intègrent ou négligent les enjeux sanitaires liés à leur exposition aux pesticides ; caractériser les niveaux d’exposition, à l’aide de patch sur la peau et les déterminants possibles ; explorer les situations de travail identifiés comme très exposantes.
A l’issue de cette mission, l’ANSES*Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail devrait formuler des recommandations aux pouvoirs publics, avec de possibles évolutions de la réglementation.
Vous souhaitez en savoir plus sur cette thématique ?
Consultez le site Agir-ese.org, des ressources pour agir en Éducation et promotion de la Santé-Environnement.
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