L’agroécologie : une réponse à l’exposition des riverains aux pesticides
Visite du château La Grave
Initié en 2020, Cepa(h)ges est une démarche innovante menée sur le territoire de la Haute-Gironde. Réunissant élus, viticulteurs et associations de riverains, le programme a pour objectif de réduire l’exposition des habitants aux pesticides. Retour sur un dispositif qui place le dialogue et l’innovation au coeur de son action.
Rappelez-vous en 2014 : une vingtaine d’enfants et leur institutrice étaient victimes de malaise dans une école à Villeneuve en Haute-Gironde. La cause ? L’épandage de pesticides par deux châteaux voisins. L’intoxication est devenue emblématique braquant les projecteurs sur les pratiques d’un vignoble gourmand en pesticides. Mais l’électrochoc a permis de faire bouger les pratiques.

Une première étape
En 2019, suite à la création de l’Observatoire Local Santé Environnement (OLSE), la Communauté de Communes de l’Estuaire (CCE) a réuni les acteurs concernés au sein d’un comité de pilotage composé des quatre communautés de communes de Haute Gironde, l’ARS*Agence Régionale de Santé, le CLS*Contrat Local de Santé, les représentants du monde viticole local et l’association de riverains Alerte Pesticides Haute-Gironde.
Le programme Cepa(h)ges (Construire Ensemble les Pratiques Agricoles en Haute-Gironde pour l’Environnement et la Santé –) est né, visant deux principaux objectifs : limiter l’exposition des habitants aux produits phytosanitaires et réduire l’utilisation des pesticides, en accompagnant les viticulteurs dans l’évolution de leurs pratiques.
Si les premiers échanges furent vifs, le dialogue s’est peu à peu installé. Eve Lalande, Chargée de mission Développement Durable au sein de la Communauté de communes de l’Estuaire précise : « le groupe s’est ensuite élargi, associant les PAT*Plans Alimentaires Territoriaux et la Chambre d’Agriculture. Avec la crise viticole, suite aux arrachages massifs de vignes, du foncier est devenu disponible et nous avons pu proposer des projets, lancer des accompagnements vers l’agroécologie. »

Quelles avancées ?
Cepa(h)ges, a été reconnu Laboratoire d’innovation territoriale du programme régional VitiREV en 2022.
Eve Lalande détaille : « pour accompagner les viticulteurs, Cepa(h)ges organise des visites de domaines en agroécologie, des ateliers autour de la diversification. Nous sommes positionnés sur le terrain du partage d’expériences plus que de la technique. Le programme a financé également l’accompagnement de quatre exploitations pour qu’elles diminuent l’usage de produits sur des parcelles proches de lieux accueillant des personnes vulnérables, comme les écoles.
Ces sites sensibles (écoles, Ehpad, hôpitaux…) ont d’ailleurs été cartographiés sur les 63 communes du territoire, en 2022, afin que leur présence soit prise en compte dans les PLU*Plan Local d'Urbanisme. Cepa(h)ges soutient aussi la plantation de haies, via des visites de terrain et l’accompagnement des plantations.
En 2025, le dialogue a abouti à la signature de deux chartes « sites sensibles » entre mairies et viticulteurs. L’une d’elles concerne Gauriac, où la mairie a racheté les parcelles jouxtant l’école pour y créer une forêt nourricière pédagogique et un verger expérimental avec des fruitiers en pallier selon les principes de l’hydrologie régénérative. A Plassac, à l’espace Saquary, c’est un projet de parc agro-paysager, avec de l’agro-pastoralisme.
Notre originalité, c’est que l’on s’autorise un volet expérimental. Nous organisons également des sensibilisations auprès des professionnels de santé, qui manquent parfois de disponibilité. C’est un travail de longue haleine… »
Le défi de la pérennisation
En 2026, les missions visent notamment à pérenniser le projet, renforcer les collaborations, valoriser les actions menées et poursuivre l’accompagnement vers l’agroécologie.
Pour Lydia Héraud, Présidente de la Communauté des Communes de l’Estuaire et Conseillère Régionale Déléguée à la Viticulture : « le défi, c’est de maintenir le dialogue et de résister au temps « long ». Il faut s’atteler à la sensibilisation des nouveaux maires, recommencer ce travail d’acculturation. Un colloque a été consacré aux victimes invisibles des pesticides le 29 mai, qui a permis d’aborder les questions de prévention. Et nous avons créé un serious game collaboratif nommé « parcelle vivante ».
C’est un jeu ludique qui valorise les métiers de la viticulture, sensibilise aux pratiques culturales vertueuses, à la protection de l’environnement et à la prévention des risques liés aux pesticides, tout en favorisant le dialogue et la compréhension mutuelle entre viticulteurs et riverains.
Il a été produit en 50 exemplaires, nous allons le distribuer aux syndicats, offices de tourisme, lycées agricoles. C’est un outil intéressant en terme pédagogique qui permettra de sensibiliser à la fois les exploitants, le grand public, les élus et les étudiants ».
Vous souhaitez en savoir plus sur cette thématique ?
Consultez le site Agir-ese.org, des ressources pour agir en Éducation et promotion de la Santé-Environnement.
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