L’approche « une seule santé » fait son entrée à l’ARS Nouvelle-Aquitaine
Frédérique Chemin
Dseuss, à prononcer comme le nom du Dieu grec, dont le pouvoir est associé au ciel, à la foudre et au tonnerre : c’est l’acronyme de la nouvelle Direction de la Santé Environnement et des politiques Une seule santé de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, créée en juin 2025. A sa tête, Frédérique Chemin, tisse le fil d’Ariane d’une nouvelle architecture, pour faire émerger une nouvelle manière de penser la santé. Entretien.
Quels sont les objectifs de cette nouvelle direction ?
Parmi les critères qui déterminent notre santé, au delà du système de soin, du patrimoine génétique, des facteurs sociaux-économiques et des comportements individuels, on estime que les facteurs environnementaux contribuent à environ 25 % de notre état de santé. L’impact de l’environnement sur la santé est un enjeu majeur sur lequel les politiques publiques peuvent agir en créant un environnement favorable à la santé, à nous d’être à la hauteur de ces enjeux.
L’objectif de cette nouvelle direction est de rendre visible cette politique en santé-environnement avec un pilotage régional fort s’appuyant sur des collaborateurs engagés dans les territoires pour mener des actions impactantes et lisibles, capables de fédérer les acteurs autour d’une vision commune.
Nous nous sommes saisis du concept One Health*« Une seule santé » est une approche intégrée de la santé qui met l’accent sur les interactions entre les animaux, les humains et leurs environnements. pour affirmer le gout de l’innovation de notre direction. Il existe une forte attente de la population. Les nombreuses sollicitations médiatiques en témoignent. 30% des demandes concernent des thématiques liées à la santé-environnementale : qualité de l’eau potable, des eaux de baignade, moustique tigre, ambroisie ou encore cyanobactéries. (50% en été).

Quels sont les champs d’action ?
Ils concernent l’ensemble des missions régaliennes dans le champ de la santé environnementale (eaux, environnement intérieur, environnement extérieur), mais également la promotion de la santé environnementale à travers l’animation territoriale du PRSE*Plan Régional Santé Environnement 4, qui suppose une approche de santé globale qui dépasse le seul champ du soin.
Nous avons également un projet structurant autour de la lutte contre l’habitat insalubre avec l’appropriation d’un outil qui nous permettra d’être plus efficace, en recentrant nos actions sur les enquêtes plutôt que sur la partie administrative.
Quels sont les champs d’action ?
Cette Direction est composée d’une cellule régionale d’expertise et de trois Directions déléguées Nord, Sud et Est. Cette nouvelle architecture permet de rééquilibrer les territoires avec une action harmonisée et un champ d’expertise mutualisé. Lorsque les ressources se raréfient et que les budgets raccourcissent, il devient indispensable de mutualiser.
Cela permet d’avoir une réponse plus coordonnée à la fois pour agir et pour restaurer et renforcer la confiance des citoyens. Par exemple, suite aux incendies de cet été en Gironde, nous avons proposé, en lien avec la préfète, différentes réponses adaptées aux besoins de santé des communes impactées par les incendies.
En dehors d’une offre de soins renforcée pour les populations impactées, nous avons lancé l’idée d’une EIS*Une Evaluation d’Impact sur la Santé est un outil promu par l’Organisation Mondiale de la Santé qui permet d’évaluer les effets négatifs et positifs des politiques publiques sur la santé. pour intégrer la santé comme un axe majeur dans les projets de reconstruction et proposé des visites de Conseillers Médicaux en Environnement Intérieur (CMEI*Conseiller Médical en Environnement Intérieur) pour accompagner les familles ayant un enfant avec des antécédents de pathologie respiratoire et les femmes enceintes, dans l’amélioration de la qualité de l’air intérieur de leur habitation.

Dans le cadre du PRSE, quelles sont les actions en matière de santé-environnement ?
Nous travaillons sur plusieurs axes : la lutte contre le moustique tigre, l’ambroisie, le déploiement des PGSSE*Plan de Gestion de la Sécurité Sanitaire des Eaux avec un objectif de 100% de la population couverte sur l’ensemble de la région à l’horizon 2029, des EIS*Une Evaluation d’Impact sur la Santé est un outil promu par l’Organisation Mondiale de la Santé qui permet d’évaluer les effets négatifs et positifs des politiques publiques sur la santé. lors de rénovations ou constructions d’écoles et des visites de CMEI*Conseiller Médical en Environnement Intérieur.
Le bilan à mi-parcours sera disponible d’ici fin 2026. Au sein de l’axe santé-environnement des CLS*Contrat Local de Santé , outil de territorialisation de notre politique de santé, nous avons intégré 5 actions socles afin de déployer concrètement ces thématiques : les PGSSE*Plan de Gestion de la Sécurité Sanitaire des Eaux, les EIS*Une Evaluation d’Impact sur la Santé est un outil promu par l’Organisation Mondiale de la Santé qui permet d’évaluer les effets négatifs et positifs des politiques publiques sur la santé., le radon, l’ambroisie et le moustique tigre.
Comment faites-vous pour rendre plus opérationnelle cette approche « Une seule santé » qui peut paraître difficile à mettre en pratique ?
Il existe sur notre territoire des initiatives concrètes comme la constitution du réseau pluridisciplinaire « une seule santé » sur le virus West Nile réunissant professionnels de la santé humaine, de la santé animale et de l’environnement pour évaluer le niveau de risque dans la région. Ce modèle d’initiative locale montre la pertinence et la faisabilité d’« Une seule santé ».
Mais nous sommes cependant aux prémisses de la réflexion pour placer cette logique de prévention au cœur des politiques publiques. Nous travaillons à l’échelle interministérielle à un plan stratégique d’environnements favorables aux santés tourné vers l’anticipation des risques de demain.
C’est une nouvelle étape, en lien avec le changement climatique, qui va faire évoluer le cadre du prochain PRSE*Plan Régional Santé Environnement. Cette stratégie permettra de structurer et renforcer l’action publique, en articulant les politiques existantes, en comblant les angles morts et en anticipant les risques émergents. Elle identifiera les enjeux thématiques prioritaires, souvent intersectoriels, comme les perturbateurs endocriniens, les PFAS*Les alkyls perfluorés et polyfluorés (PFAS) sont un groupe incluant plus de 4 700 produits chimiques d’origine anthropique largement utilisés qui s’accumulent au fil du temps chez l’être humain et dans l’environnement, la pollution de l’air, la qualité de l’eau ou encore les résistances aux antimicrobiens.
Vous souhaitez en savoir plus sur cette thématique ?
Consultez le site Agir-ese.org, des ressources pour agir en Éducation et promotion de la Santé-Environnement.
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