West Nile : une démarche One Health en action
Un réseau de partenaires locaux, associant des partenaires régionaux et nationaux, a entrepris de produire de manière coordonnée des données scientifiques dans les secteurs humains, vétérinaire et entomologique
Le virus du Nil occidental, que l’on appelle West Nile a été détecté la première fois en 2022 en Gironde alors qu’il ne dépassait pas jusqu’à présent les contours du pourtour méditerranéen. L’émergence de ce virus, a fait naitre un réseau « One Health » d’acteurs locaux de santé publique humaine et animale, privés et publics, afin d’anticiper les saisons de circulation à venir. Explications avec Clément Bigeard, vétérinaire, doctorant à l’Université de Bordeaux.
West Nile, comment ça marche?
L’infection par le virus West Nile est une infection virale transmise par des moustiques du genre Culex, implantés dans l’ensemble de la France hexagonale. Celui-ci pique les oiseaux infectés, puis transmet le virus en piquant les autres êtres vivants, en particulier les chevaux et les humains.
Le « West Nile » circule ensuite dans le sang. Il n’est pas transmissible d’homme à homme, Le virus West Nile est transmis de l’oiseau au moustique, puis du moustique à l’oiseau. Un humain ou un cheval ne pourront jamais transmettre le virus à un moustique : ce sont des impasses. Il risque donc moins de provoquer une épidémie chez l’homme.
Quels sont les symptômes, est-il dangereux ?
L’infection humaine est fréquemment asymptomatique. Dans 20 % des cas, elle donne des symptômes, similaires à ceux de la grippe et peut être accompagnée de douleurs et d’une éruption cutanée. Sa gravité est liée aux rares (environ 1 % des cas) complications neurologiques qui peuvent mener jusqu’au décès. Ces formes surviennent plus fréquemment chez les personnes âgées ou immunodéprimées.

Pourquoi le surveiller ?
A l’heure actuelle, aucun vaccin pour l’homme n’a été développé contre ce virus. A première vue, le risque associé au virus du Nil occidental semble limité. Il est rarement mortel et son mode de transmission rend sa propagation lente chez l’homme.
Mais il ne faut pas non plus l’ignorer. La recrudescence des cas et la propagation dans de nouvelles zones sont des indices que la situation est peut-être en train de changer, en particulier en ce qui concerne les modes de transmission.
Comment a t-il émergé ? Comment est-il arrivé là ? Comment détecter le virus sans faire 500 prélèvements de chevaux, de moustiques… Quel serait le substrat pour le détecter le plus rapidement possible sans que cela soit trop couteux… c’est à toutes ces questions que nous essayons de trouver une réponse à travers une approche One Health*« Une seule santé » est une approche intégrée de la santé qui met l’accent sur les interactions entre les animaux, les humains et leurs environnements..

Parlez nous de ce réseau « Une seule santé » qui a été créé dans ce contexte ?
Des actions de recherche opérationnelle intégrée de type One Health*« Une seule santé » est une approche intégrée de la santé qui met l’accent sur les interactions entre les animaux, les humains et leurs environnements. ont été développées afin de caractériser l’émergence et la circulation de ces virus dans leur socioécosystème néo-aquitain et de mieux en appréhender les conséquences sanitaires. Un réseau de partenaires locaux, associant des partenaires régionaux et nationaux, a entrepris de produire de manière coordonnée des données scientifiques dans les secteurs humains, vétérinaire et entomologique.
En 2023, nous avons ainsi détecté la circulation précoce intense du West Nile dans un corridor territorial situé au Nord de la Gironde, limitrophe avec la Charente Maritime (enquête de séroprévalence équine ; investigations entomologiques) et validé une technologie innovante, peu coûteuse, facile à mettre en oeuvre et performante pour la détection des virus chez les moustiques, développée par l’Institut de Recherche Biomédicale de Armées.
Quel est l’intérêt de ce réseau One Health ?
L’objectif final est bien de fournir des recommandations. L’intérêt, c’est indéniablement, la mise en commun des informations des différents réseaux, apprendre à travailler ensemble, la sensibilisation des sentinelles, des gestionnaires… les moustiques et leur écologie soulèvent aussi des questions d’aménagements, des questions écosystémiques.
Sur la base de données animales et humaines concordantes attestant de la circulation virale, nous avons notamment lancé une alerte en Charente Maritime, où aucun cas humain n’avait encore été détecté, auprès de l’Établissement français du sang car il existe un risque, même s’il est très faible, de transmission par les dons de sang ou d’organes.
Ceci démontre l’importance de l’implémentation d’une surveillance intégrée de type « One Health*« Une seule santé » est une approche intégrée de la santé qui met l’accent sur les interactions entre les animaux, les humains et leurs environnements. » pour prévenir et anticiper ces futures émergences en France métropolitaine. On peut imaginer développer dans cette même démarche d’autres sujets santé-environnement comme l’antibiorésistance*L’antibiorésistance est la capacité, pour une bactérie, à devenir résistante aux antibiotiques. ou les cyanobactéries.
Vous souhaitez en savoir plus sur cette thématique ?
Consultez le site Agir-ese.org, des ressources pour agir en Éducation et promotion de la Santé-Environnement.
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