Mathieu Planchenault : la santé dans toutes les politiques ? Un appel à transcender l’action collective
Mathieu Planchenault, Responsable du Service Communal d'Hygiène et de Santé de la Rochelle @ Lucie GAGNEUX
Et si la santé publique devenait le nouveau levier narratif, une sorte de nouvelle boussole pour les politiques territoriales ? Mathieu Planchenault, Responsable du Service Communal d’Hygiène et de Santé de la Rochelle et co-animateur de l’axe santé-environnement du Contrat Local de Santé en est convaincu. Replacer la santé au cœur des stratégies publiques, c’est redonner du sens à l’action collective.
La « Ville Blanche », son vieux port, ses effluves iodées et ses passages secrets s’est imposée en matière d’écologie urbaine depuis les années 70. Elle fut l’une des premières, en France, à instaurer des voies piétonnes, à instaurer un service de recyclage des déchets puis à promouvoir l’ancêtre du Vélib’. Trois cents vélos, gratuits et jaunes, dans les rues de La Rochelle. C’était en 1976 à l’initiative de l’ancien maire Michel Crépeau. Une décision pionnière, tout comme l’adhésion au Réseau Français des Villes-Santé de l’OMS*Organisation Mondiale de la Santé, il y a plus de 20 ans. Sans parler du projet IMPACTAIR, lancé en août 2014 avec le soutien financier de l’ADEME*Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie et de la Ligue contre le Cancer, précurseur lui aussi, pour évaluer la qualité de l’air intérieur au sein des crèches et des écoles.
Depuis, les initiatives et expérimentations fleurissent : le programme d’éducation à la santé « 123 santés dans les écoles primaires », les bons « jeunes pousses » pour les futures mamans, le pollinarium sentinelle, des furets plutôt que des produits chimiques pour empêcher la prolifération des rats, la prévention du bruit dans l’environnement…
Avant qu’une étude récente ne lance l’inquiétude à La Rochelle : plusieurs quartiers de l’ouest de la ville présentent, sur plus de dix ans, davantage de cancers que le reste de l’agglomération. Questionnant les émissions de pollutions au sein de la ville, les expositions professionnelles, avec en toile de fond les inégalité sociales et territoriales de santé, en allant bien au-delà des comportements individuels trop souvent pointés du doigt.

De l’écologie à la santé publique
C’est dans ce contexte que Mathieu Planchenault s’investit au sein de la ville de La Rochelle. « J’ai suivi une formation initiale dans l’aménagement du paysage et la gestion des espaces naturel. Une première expérience professionnelle au sein de l’ex EID*Etablissement Interdépartemental pour la Démoustication du Littoral Atlantique. Atlantique m’a permis de construire un réseau, d’appréhender des logiques d’acteurs pour travailler ensemble sur un but commun ». Il s’acculture alors à l’entomologie médicale et vétérinaire en découvrant le monde de la parasitologie et de la santé publique.
« Le prisme de la santé commune (One Heatlh) permet d’élaborer un cadre d’exercice systémique face aux enjeux globaux ». Les compétences du SCHS*Service Communal d'Hygiène et de Santé sont multiples : lutte contre l’habitat indigne, nuisances sonores, application des prescriptions du Règlement Sanitaire Départemental, ….
Nous traitons des signalements et des plaintes et nous réalisons quotidiennement des évaluations sur le terrain. C’est notre atout, nous avons une vision très opérationnelle, nous sommes une sorte de thermomètre de la demande sociale, c’est pourquoi les différents services nous sollicitent aujourd’hui et nous associent en amont dans leurs projets. Pour que les collectivités territoriales façonnent des cadres de vie favorables à la santé, il faut un croisement des compétences, une coopération entre services, et tenir compte de l’expertise d’usage des citoyens ».

La Covid : un déclencheur
Les interactions entre santé et environnement ont été rappelées par la crise de la Covid-19. Elle a offert un nouvel éclairage sur les termes du débat Ville/Nature en introduisant un sujet que les aménageurs avaient parfois mis de côté, celui de la santé.
« Si les villes n’ont souvent pas conscience d’être des acteurs-clés en matière de santé, la sensibilité et la mobilisation des citoyens face aux enjeux et problématiques liant environnement et santé s’accroît » précise Mathieu Planchenault. Au point de légitimer les apports d’une politique urbaine intégrant des enjeux de santé, tant au niveau des documents stratégiques que sur le terrain : « c’est ce que nous faisons à la Rochelle et cela se traduit dans les politiques publiques auxquelles participent la Direction Santé Publique et Accessibilité (Contrat Local de Santé, Plan Climat Air Energie Territorial, Projet Alimentaire de Territoire, Plan Local d’Urbanisme Intercommunal, La Rochelle Territoire Zéro Carbone, …). »
Et de souligner : « l’argument de la santé est un levier significatif, mobilisateur et fédérateur. Quand il s’agit de bouleverser des habitudes bien ancrées – comme la généralisation de la limitation de vitesse à 30 km/h dans toute la ville – certains citoyens seront plus sensibles aux arguments santé que le seul argument écologique, parfois perçu comme abstrait – quand bien même il ne l’est pas. »
Un CLS établi sur la base d’un diagnostic local santé-environnement
Le Contrat Local de Santé 2023-2028 de l’agglomération Rochelaise, établi sur la base du diagnostic local santé-environnement de l’ORSE*Observatoire Régional Santé Environnement publié en mars 2023 a sélectionné cinq axes pour la prise en compte de la santé dans l’ensemble des politiques publiques menées sur l’Agglo : la prévention, la santé-environnementale, la santé mentale, l’accès aux soins, l’impact en santé. « Porté par l’agglomération rochelaise et signé par 50 partenaires locaux, le CLS*Contrat Local de Santé a accueilli de nouveaux venus comme des partenaires associatifs et civils. Des actions ont d’ores et déjà démarré, autour de la prévention des perturbateurs endocriniens, de la veille sanitaire face au moustique tigre avec un premier cas autochtone de chikungunya en 2025, de la qualité de l’air intérieur dans les Etablissement Recevant du Public, et de l’alimentation…. De nouvelles synergies sont en construction avec les partenaires du territoire et avec l’appui financier d’organisme comme l’Inca. »
Autre synergie : des thèses, en collaboration avec le service de pneumologie de La Rochelle et le CHU*Centre Hospitalier Universitaire de Poitiers, vont être financées par la communauté d’agglomération rochelaise (CDA) et la Ligue contre le cancer, afin de comprendre pourquoi tant d’hommes sont touchés par des cancers dans le secteur Ouest de La Rochelle.
« L’institut INERIS*Institut National de l'Environnement Industriel et des Risques : www.ineris.fr va également intervenir pour faire des études sur la pollution environnementale. Nous avons déjà proposé une soirée de restitution de cette étude à destination des professionnels de santé des 3 CPTS*Conseil Professionnel Territorial de Santé de l’agglomération pour attirer l’attention du milieu médical sur cette étude. Notre souhait est d’être le plus transparent et le plus rationnel concret possible, en dialoguant avec les citoyens et partenaires et en évitant de mettre des bûches sur le foyer de l’éco-anxiété ».
Vous souhaitez en savoir plus sur cette thématique ?
Consultez le site Agir-ese.org, des ressources pour agir en Éducation et promotion de la Santé-Environnement.
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